Saha !
C’est la période des exams pour les étudiants, donc on leur dit bon courage !!
Aujoutd’hui on vous donne la suite de la nouvelle de Yanis Koussim qui, on vous le rappelle, a reçu le deuxieme prix Mohamed Dib 2003 .
Donc pour ceux qui ont aimé le début, continuez à lire, sinon…il n’y a plus rien d’interessant ( en tout cas pour lyoum ).
Ila el halqa el qadima.
Dès la parution , le lendemain matin , en dernière page , de l’article de la jeune journaliste , sous le titre de « révolution des cafés » , une prise de conscience se fait dans l’esprit de certaines femmes. Des jeunes femmes , étudiantes pour la plus part . Elles commencent par se rassembler par petits groupes dans l’enceinte de leurs universités . Aucune ne sait que dans d’autres universités , il se passe la même chose. Chacune est persuadée que ce qu’elle va faire est complètement fou . Elles sont sures d’être les seules à y penser et qu’elles le payeront chère , d’une manière ou d’une autre… mais elles le feront quand même !
Monia Z. est chez elle . Il est neuf heure ,et comme c’est son jour de repos , elle dort. Même dans ses rêves les plus exaltants de féministe rebelle , elle ne déclenche pas un tel soulèvement !
Les jeunes universitaires prennent une décision, toutes à peu près au même moment .
Dans sa chambre d’hôpital , où elle lutte contre la mort depuis la veille , Nawal bouge un peu la main . Son fils qui a refusé de la quitter , et qui dort au près d’elle , se réveille en sursaut : il a senti la main de sa maman bouger dans la sienne ! Il crie …non , il hurle ! Son père arrive , affolé , mais il voit le sourire larmoyant de son fils. Puis les lourdes paupières de sa femme s’ouvrant sur ses beaux yeux noisette.
Les filles de différentes universités sortent dehors , comme si de rien n’était , elles prennent le bus et se dirigent vers le centre ville. Arrivées , elles descendent des bus et se dirigent directement vers le café maure le plus proche .
Monia Z dort toujours . Dans son rêve quelque chose la fait sourire .
Certains Kahouadjis sont interloqués , ils restent pantois devant l’attitude de ces jeunes filles . Ils les servent espérant qu’aucun de leurs clients ne chahutera les demoiselles . Par contre , d’autres , la plus part à vrai dire , réagissent comme le patron du café de la liberté. Ils chassent les impies , ces intruses mal éduquées ! Ces dernières, craignant de subir le même sort que Nawal , ne résistent pas ;mais arrivées sur le trottoir , elles se mettent à crier à l’injustice , à hurler , comme les femmes savent si bien le faire , des slogans dénonçant le machisme et la misogynie .
La police intervient . Les agents n’ayant jamais été confrontés à ce cas de figure , décident de rétablir l’ordre en arrêtant les manifestantes , pour trouble sur la voie publique . Les pauvres jeunes filles sont presque toutes transférées vers des commissariats. Aucune ne sait que dans les autres villes , d’autres jeunes filles endurent la même chose . On contacte leurs parents . Certaines sont récupérées immédiatement par leurs pères, qui leur donne , arrivées à la maison , la tannée de leur vie ! D’autres se voient interdire de poursuivre leurs études : on les a envoyées à la fac pour qu’elles deviennent profs, médecins , ou avocates, pas pour qu’elles se comportent comme des folles dans les rues de la ville ! Mais il y a des pères , disons plus tolérant, qui sont scandalisés que ce soit leurs filles qu’on ait arrêtées, alors que ceux qui auraient du l’être , sont les pecnots qui les avaient chassées , comme des pestiférées, de leurs établissements ; en les insultant et en les bousculant par dessus le marché!… Il faut savoir que les pères qui ont réagi ainsi ne sont que des clients très occasionnels des cafés maures …
Les mères sont dans tous leurs états ! Même celles dont les filles ont été punies par leurs pères, ou leurs frères , sont indignées par ce qu’il vient de se passer, mais sans le dire bien sûr … Elles assistent, sans rien pouvoir faire , au calvaire de leurs filles .
Monia Z se lève et allume la télé . Il est presque midi . le flash d’information ne souffle mots de ce qui se passe
A la même heure , Nawal est tirée d’affaire . Son époux, rassuré de l’état de santé de sa femme , coure vers le tribunal pour porter plainte contre l’agresseur. Avant , il passe un coup de fil pour rassurer sa fille , sa famille , et leurs amis .
Aux rédactions , tous les journaux du pays reçoivent de leurs différents correspondants des dépêches sur ce qui se passe . Quand les rédacteurs ont ces dépêches sous la main , ils comprennent que quelque chose d’important est entrain de se préparer . Le rédacteur en chef du quotidien où exerce Monia Z est sûr le C… ! C’est la jeune nouvelle qui à tout déclenché ! Il sourit jaune à présent , craignant les représailles et les problèmes qui risquent de tomber sur sa tête ; mais au fond de lui , il se dit que quand bien même on lui aurait prédit ce qui arrive aujourd’hui , il aurait malgré tout publié l’article de Monia Z…. Monia Z. ! Il faut la contacter d’urgence ! Au téléphone la mère de la journaliste lui dit qu’elle est partie avec des amis au bord de la mer , pour profiter de la belle journée.
Lorsqu’on demande aux jeunes filles les raisons de leur comportement , elles répondent toutes à peu près la même chose : « c’est trop ! On en a marre ! » « Comment voulez-vous qu’on arrive à nous émanciper s’il y a encore des établissements où nous sommes persona non grata ! » « Ça dure depuis trop longtemps ! Nawal est la goutte qui a fait déborder le vase » aucune fille ne passe la nuit en prison . Le lendemain matin tous les journaux parlent des jeunes étudiantes de la veille , de ce qu’il leur est arrivées . les jeunes filles s’aperçoivent alors , certaine avec les larmes au yeux , qu’elles ne sont pas seules à être révoltées et en colère
A l’hôpital , Nawal est entourée par les infirmières. L’une d’entre elles lui lit l’article de Monia Z et les dépêches du jour concernant les manifestations d’hier .
L’indignation s’étant aux autres femmes , jeunes, mûres , femmes aux foyers , toutes les femmes se sentent attaquées !
Monia Z a passé la nuit dans une maison au bord de la mer . En se réveillant le matin , voyant que tous ses amis dorment toujours , elle décide de prendre sa matinée . Elle sort faire du jogging sur la plage .
Vers dix heure , c’est l’émeute ! Les femmes envahissent la rue. Personne ne sait comment cela s’est décidé, mais elles sont là , déterminées ! Des voyous essaient de les déstabiliser , ils les insultent « K…. » « Doukhlou l’eddar» « Rjelkoum tahahna » , puis l’un d’entre eux aperçoit sa sœur , il devient rouge de rage ! Il s’apprête à la tabasser, mais quant il s’approche , il voit sa sœur qui tient la main d’une femme : leur mère ! Le voyou est comme pétrifié , il s’en va, comme un petit toutou fuyant plus fort que lui, la queue entre les jambes… Tous les hommes qui assistent à la manifestation reconnaissent l’une des leurs … Elles sont toutes dans les rues .
Dans la ville de Nawal , près de cinq mille femmes scande son nom sous la fenêtre de sa chambre d’hôpital . Son médecin traitant - une femme - sort de la fenêtre et leur dit que la jeune femme est tirée d’affaire ; mais qu’elle a besoin de repos. Les femmes crient une dernière fois le nom de Nawal B. , puis se dispersent, chacune se dirigeant , comme le font d’autres dans d’autres villes , vers les cafés de leur cartier. Elles vont prendre d’assaut les cafés maures !
C’est la révolution des cafés , elles sont très nombreuse . Les Kahoudjis ne peuvent rien faire. Et dès qu’un homme essai de dire une grossièreté, ou d’élever la voix, pour insulter les manifestantes , il croise le regard réprobateur d’une épouse , d’une mère, d’une sœur ou d’une fille ; parfois même d’une grand-mère !
On peut se demander ce qui a poussé toutes ses femmes à sortir, à manifester , à crier leur ras-le-bol après tant d’année d’avilissement ; l’histoire et le quotidien leur ont offert , de nombreuse fois , l’occasion de le faire … Mais elles ne l’ont pas fait ….Pourquoi alors se révolter maintenant ? Personne ne saura jamais . C’est comme ça et puis c’est tout !
Monia Z décide quand même à rentrer. Elle n’est que stagiaire , elle ne peut se permettre de manquer toute une journée de travail. Avant , elle achète son journal : elle ne croit pas ce qu’elle y lit ! Elle achète toute la presse. Tout le monde parle de la révolution des cafés, et les noms les plus cités sont ceux de Nawal B. et le sien ! Elle en est fière au début. Puis , elle a peur … elle a peur des retombées , on ne la ratera pas ! Les conservateurs , les conservatrices surtout , les anti-féministes , les phobiques de la jupe … Ils vont tous lui mettre ça sur le dos ! Mais après réflexion , elle décide qu’elle ne doit pas avoir peur : elle ira jusqu’au bout ! C’est son métier , non ? Puis , elle se dit qu’elle n’a plus rien à faire pour le moment , les femmes de son pays on pris le relais , c’est elles qui sont allées jusqu’au bout !… Et puisqu’elle est avant tout une femme , elle décide d’aller prendre son petit déjeuné dans un café .
Avant de rentrer sur Alger , Monia Z appelle son journal . Le rédacteur en chef est tout excité , il lui confirme ce qu’elle vient de lire. Quant la jeune stagiaire lui dit qu’elle est assise dans un café et qu’elle sirote un thé à la menthe entre deux jeunes filles et un groupe de vielles femmes , il éclate de rire ! Mais il lui dit de ne pas rentrer chez elle tout de suite …. On ne sait jamais ….
Après une semaine d’observation , Nawal sort de l’hôpital. Une centaine de femmes sont là pour l’accueillir . A la sortie , on lui demande de dire quelques mots. Elle n’arrive qu’à articuler quelques syllabes , l’émotion est à son comble ! Son mari la fait monter dans la voiture .
Sur le chemin du retour , Nawal et son mari traversent les rues de la ville. Aucune trace de manifestation ne subsiste. Rien ne semblerait anormal à l’étranger visitant la capitale pour la première fois. Sauf que pour les gens d’ici, et ceux des autres villes du pays, le changement est bien là : des femmes dans les cafés maures !
Monia Z est de retour chez elle. Lorsqu’elle retourne au journal, après un congé forcé, elle se voit titularisée à son poste qu’on ne lui avait accordé que provisoirement pour une année. Le propriétaire du journal l’avait lui-même exigé ! Surtout qu’il avait ouï-dire que des journaux concurrent la voulait chez eux .
Le propriétaire du café de la liberté fut arrêté pour coups et blessures, et condamné à trois ans de prison fermes… Mais son châtiment le plus sévère fut qu’une femme ait racheté son café !
Un beau matin , Nawal reçoit un coup de téléphone : c’est Monia Z , elle voudrait quand même la rencontrer. Et comme si cela s’était toujours fait dans notre pays , elles se donnent rendez-vous au café du coin .
octobre 10th, 2007 at 22:53
ça me rappel un roman de Maissa Bey que j’ai lu y’a pas très longtemps et que j’ai adoré, ça traite relativement du même sujet ” au commencement était la mer”est un roman trés fidèle a la réalité algérienne.
Maissa Bey a dit: “mon écriture est un engagement contre tous les silences”