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Arezki Mellal

novembre 26th, 2007

L’Algérie a vécu une période trouble, une tragédie que les grecs eux-mêmes ne pouvaient imaginer dans leur canon poétique. Une tragédie qui a touché chaque algérien dans sa chair et dans son être.

Les écrivains nombreux ont tenté chacun dans son style et son écriture de rendre-compte et de témoigner, certains dans un style moins sobre et retenu qu’inexistant : ce que l’on a communément appelé la « littérature d’urgence ». Le phénomène de la littérature d’urgence s’est présenté dès le milieu des années 90 pour continuer jusqu’au début des années 2 000.

Cependant, certains écrivains comme Areski Mellal ont réussi à sortir de ce carcan testamentaire pour toucher à l’idéal de l’écriture : la création.

Areski Mellal est algérois. Il est lié au monde du livre depuis toujours : graphiste, maquettiste, typographe, éditeur de livres d’art. Ces nouvelles étaient avant d’être publiées des scénarios et des planches de Bandes-dessinées. Son œuvre ne se réduit pas uniquement au genre narratif, il écrit aussi pour le théâtre, notamment prochainement En remontant le Niger.

Je vous propose à la fin de l’article sa bibliographie.

Areski Mellal a réussi à transformer la Tragédie en œuvre créatrice. Ecrire le mal permet des fois de le sublimer pour le rendre à l’inverse du témoignage plus concret et présent. Passer par le biais de la fiction, de l’histoire du vraisemblable permet de sortir de la fausse réalité et du sentimentalisme pour mieux appréhender la subjectivité d’un écrivain qui traite dans son roman de sa vision, de sa propre vision sur le présent de son pays.

Le roman qui illustre le mieux cette écriture s’intitule Maintenant ils peuvent venir. Il a été publié pour la première fois en Algérie en 2000 dans la maison d’édition Barzakh et réédité en France en 2002 chez Actes Sud.

Les pensées, la voix intérieure face aux femmes de sa vie et surtout face à l’Algérie est la trame essentielle de ce roman. Sa première femme, sa mère. Vient ensuite, Yasmina, l’épouse forcée qui sera machiavélique et dangereuse comme une drogue ou un alcool, Zakia la seule femme aimée, l’Amour pur et surtout Safia, sa fille. Ces quatre personnages hantent et poursuivent le personnage dans un long soliloque dans lequel il rend compte tour à tour de sa haine, de sa rancœur, de son amour et de sa tendresse. N’est-ce pas tous les sentiments éclatés que ressent un algérien pour son pays.

Le roman est dur, violent. Il touche aux viscères de l’horreur quand le héros en arrive à l’infanticide pour sauver sa fille des tueurs. On est face à sa propre peur et son propre courage pour être un héros ou un anti-héros c’est selon.

Face à une telle violence, que reste-t-il à l’homme ? Que peut-il faire pour se sauver et sauver ceux qu’ils aiment ? Des questions simplistes, rapides et peu profondes, mais des questions auxquelles le héros trouve une seule et implacable réponse. Il faut pour se sauver du mal, faire le mal, il faut tuer le mal, tuer.

On ne sort pas indemne de cette lecture, on ne sort pas tranquille… c’est un livre qui comme les grands livre, ne répond pas aux questions, il en pose d’autres insolubles et qui nous poursuivent.

Ce roman a été adapté par l’auteur et a connu un grand succès lors de ces représentations en France. Il a été joué lors du Festival du Limousin et a fait parti de la programmation du Théâtre de la Ville. La pièce a été une belle mise en forme du texte romanesque. On pourra noter la présence de Sid Ahmed Agoumi, notre grand comédien national, parmi la troupe de comédiens.

Bibliographie :

Abubaba le Roi Bon, in Les Belles Etrangères, 13 écrivains algériens, Ed Barzakh et l’Aube, Paris, 2003

Maintenant ils peuvent venir, Ed Barzakh, Alger 2000 et Ed Actes Sud 2002

Le Caïd, in L’Algérie des deux rives, nouvelles de guerre, anthologie dirigée par Raymond Boziet, Ed Mille et une nuis, Paris 2003

La paix en toutes lettres, ouvrage collectif, Ed Actes sud, 2002

Azwaw, poésie, dans le catalogue d’exposition du peintre Azwaw Mameri, Ed Barzakh, Alger, 2000

Queen Kong, BD, dans Album n°1, Ed Laphomic, Alger, 1987

Regarde la mer, in la revue culturelle La pensée du midi, Ed Actes Sud, 2001

 

Lynda Nawel T.

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